1990-2010 Notes historiques sur les feux de la Saint-Jean à Mons, 20 ans
Notes historiques sur les feux de la Saint-Jean à Mons 20 ans 1990-2010
Des origines très anciennes
La fête des Feux de la Saint-Jean est issue des fêtes solaires, qui remontent aux civilisations antiques. On y voit clairement les fêtes orientales importées en Occident par les peuples d'origine aryenne : Perses, Égyptiens, Grecs, Romains, Germains, Celtes et Scandinaves. On honore les deux équinoxes (de printemps et d'automne) et les deux solstices (d'été et d'hiver).
Quelle que soit la gestion du sacré de chaque civilisation, on fête au solstice d'été le retour de la fertilité, on implore les divinités pour favoriser les moissons, si vitales en ces temps anciens, on exorcise le malin, le diabolique. C'est le Dieu soleil qui est célébré, et pour toute divinité, il faut un symbole. Le feu était tout indiqué pour représenter le soleil, aussi fut-il choisi comme son emblème le plus parfait.
La civilisation judéo-chrétienne s'est adaptée au culte païen en intégrant ses plus fortes célébrations fixées d'après le calendrier solaire. Ainsi, ce n'est pas du tout un hasard si la naissance du Christ est fêtée au solstice d'hiver (le 24 décembre, le jour le plus court de l'année) et la naissance de Jean Baptiste l’annonciateur de la venue du messie au solstice d’été .
Mais quant est-il à Mons ? Jusqu'en 1822, on y fête la Saint-Jean en allumant des feux dans chaque quartier; un coq en cage est placé à côté de chaque feu. Les foyers sont alimentés par le bois récolté par les enfants. A la Saint-Jean a lieu aussi un concours de chants dont le premier prix est un coq vivant. Raison pour laquelle celui-ci est promené dans la ville en tête de cortège.
En 1822, à l'instar de nombreuses cités, le Collège des Bourgmestre et Échevins interdit les feux de la Saint-Jean. Probablement faut-il y voir la conséquence d'un incendie survenu lors de cette fête dans une ville du Royaume. Cependant, on fêtera encore la Saint-Jean jusqu'en 1870 (des tables à bougies remplaceront les feux dans les quartiers).
La renaissance des feux à Mons, le 23 juin 1990
La recette est simple, des cortèges aux tambours parcourent la Ville pour annoncer la mise à feu d'un bûcher sur la Place Nervienne. De nombreuses animations culturelles se déroulent sur cette place et dans les casemates toute la soirée.
Très vite, il semble évident qu'il n'y a pas lieu d'effectuer une "restauration" des Feux de la Saint-Jean comme cela a été réalisé sous la houlette du Chanoine Puissant pour la procession du Car d'Or à Mons. Au contraire, il s'agit ici de réinterpréter ce culte ancestral au 21e siècle. C'est dès lors avec beaucoup de liberté que la rénovation est en cours dans une version contemporaine. Il n'y a pas de costumes moyenâgeux ni de reconstitution historique.
Depuis le 23 juin 1990, la fête a considérablement évolué. Aujourd'hui, on compte plus de 15.000 personnes lors de l'allumage du feu.
Une évolution marquée par le développement culturel
La tradition vivante s’est vite ancrée dans l’imaginaire des montois. Pour quelles raisons ?
-l’esprit de Mons a contribué à cet engouement. L’habitude des montois est de se comporter en qualité d’acteurs d’une tradition (affiliation très claire aux rituels de la ducasse de Mons ). La participation active de la population a souvent surpris les groupes extérieures ;
-le caractère universel des fêtes du solstice d’été ;
-la fascination naturelle du feu ;
-le caractère familial de la fête et l’importance donnée à l’accueil des enfants ;
-comme toujours, la travail est réalisé bénévolement par des citoyens!…
La manifestation , forte de cet imaginaire, bénéficie en outre d’un énorme atout : la possibilité donnée à la création artistique de s’épanouir en toute liberté. Rien n’est totalement figé et chaque année une page blanche est à remplir (cela la différencie clairement de la ducasse de Mons).
Les artistes de toutes les disciplines l’ont bien compris depuis longtemps : gonfanons, gravures ,concerts musicaux en tous genres , arts de la scène , de la rue , et du cirque. Ils ont dès le départ investi et labouré les champs ouverts de la Saint-Jean.
Depuis 2009, un festival de cultures et d’idées regroupe toutes les interventions artistiques sur le site de la place nervienne dans un contexte alternatif. Le projet de développement culturel associatif mobilisent de son coté les associations montoises encadrées et formées par des artistes autour des cortèges et spectacles des fsj
Tout cela dans la perspective de Mons capitale culturelle européenne en 2015 , nous aurons 25 Ans !….encore beaucoup de pages à remplir
Les feux de la Saint-Jean une relais entre génération par Vincent Latiers
Le 24 juin 1990 , les feux de la Saint-Jean ont été inaugurés à Mons après 120 ans de parenthèse. Les chevilles ouvrières de cette initiative assez osée à l’époque car proche de l’énorme ducasse de Mons sont en grande partie décédées (Jean Devos , Eugène Dinant, Lucienne Flandroit, Paul Ducobu, Roland Biernaux, ). Je suis le seul à être encore actif dans cette aventure mais j’avais 26 ans en 1990. C’est donc un bel héritage que nous ont laissé ces sacrés montois. Laissons leur la parole …
Voilà ce qu’en écrivait Jean Devos , l’homme qui en a eu l’idée et premier Président , aujourd’hui décédé au bout d’une longue vie dédiée au service public (ancien Président du cpas de la Ville de Mons , Avocat et puis Président du tribunal du travail) , et à la vie sociale( président d’une multitude d’associations ,on lui doit notamment la création du carillon reine Fabiola).
« Depuis longtemps, j'entendais parler des feux pour brûler le Bonhomme Hiver ou des Feux de la Saint-Jean dans différentes localités de Wallonie ou des Feux de la Saint-Pierre dans le Borinage, à Wasmes, Pâturages, devenue Colfontaine. Mais jamais, je n'avais eu l'occasion de participer à une telle festivité. C'est en France, à BERGUES, petite ville fortifiée du Moyen-Age qu'au hasard d'un voyage, j'ai eu l'occasion de vivre cette fête des Feux de la Saint-Jean.
Je fus conquis par l'ambiance qui régnait autour du foyer animé par des farandoles dont les participants jetaient leurs torches enflammées, gage d'un an de bonheur dans ce foyer situé au pied d'une vieille tour d'une ancienne abbaye.
Or, à Mons, aucun des anciens Montois que j'avais côtoyés ne m'avait jamais parlé de ce genre de festivité. Et pourtant, j'étais persuadé que Mons, ville de traditions s'il en est, qui a conservé à travers les siècles des anciennes manifestations comme la Ducasse de Messines, la procession du Car d'Or, le combat dit Lumeçon, les Capitaines Saint-Fiacre, etc. ... devait certainement avoir connu anciennement la coutume des Feux.
Aussi, un groupe de bénévoles de l'A.R.C. (Action et Recherches Culturelles, mouvement d'éducation permanente reconnu par la Communauté Française), sous la conduite de Monsieur Pierre ORBAN, historien, s'est attelé à la tâche de compulser notre histoire pour vérifier s'il existait des traces d'organisation de Feux. D'autres bénévoles ont apporté leur concours : Madame Jocelyne du Puy, Messieurs Eugène DINANT et Michel ROUSSILLE. Et le résultat fut déterminant. Mons avait effectivement connu cet usage immémorial qui s'est arrêté vers 1869-1870.
Il restait à renouer cette ancienne coutume en s'inspirant des textes retrouvés."
C'est le 23 juin 1990 que les Montois renouèrent avec cette ancienne tradition, 120 ans après sa disparition...
Le succès fut déterminant. Quelque 1.500 personnes se retrouvèrent sur la Place Nervienne autour d’un feu allumé à 23heures. Un cortège aux flambeaux animé par des tambours avait sillonné la ville, de la Place Spira à la Grand'Place, et ensuite s'était dirigé vers la Place Nervienne.
L'effet fut saisissant. Le public montois de tous âges était enthousiasmé. La presse, la radio, la télévision contribuèrent efficacement à la diffusion. De telle sorte que pour les Feux du 22 juin 1991, la plupart des quartiers se mobilisèrent et quatre cortèges principaux de participants portant des flambeaux se rejoignirent sur la Grand'Place et c'est près de 3.000 personnes qui assistèrent sur la Place Nervienne à la mise à feu.(…)
Jean DE VOS
Past Président des feux de la Saint Jean »
Aujourd’hui , un comité de dix personnes gère l’organisation de cet événement et je reste le seul membre du comité à avoir vécu les débuts. J’ai vite rejoint par mes contemporains et la majorité des 10 membres du comité ont moins de 35 ans, trois membres ont moins de trente ans. Aussi quel beau relais entre génération !…
